Sarabande
Depuis hier et la découverte de cette nouvelle interprétation, cette sarabande m’habite.
J’ai essayé d’écrire la plénitude de leur beauté, le bonheur, la jouissance que ces suites me procuraient - Bach est pour moi au-delà de tout et tous, et j’ai un passé lointain de mauvais violoncelliste - mais je ne trouve pas les mots pour tout dire.
Alors le mieux est d’écouter.
Bach, Suite pour Violoncelle No. 5 en ut mineur, BWV 1011, IV. Sarabande
Jean-Guihen Queyras
Variations Goldberg
Ceux qui me lisent depuis quelques temps auront compris l’importance qu’a la musique dans ma vie, le piano en particulier, et puis Bach.
Je vais probablement rentrer dans trop de détails, rebuter ceux qui ne sont pas familiers avec cette musique, mais qu’importe.
Je collectionne les enregistrements de Bach, à la recherche de nouvelles interprétations, de nouvelles lectures. Entre autres les Partita, le Clavier Bien Tempéré, … et puis les Variations Goldberg.
Il y a quelques jours, j’ai acheté la re-performance de l’enregistrement de 1955 des Variations Goldberg de Glenn Gould. Cet enregistrement de 1955 avait été un événement, il avait révélé Bach au piano, et Glenn Gould. J’avais déjà cet enregistrement de 1955, magnifique, mais à la prise de son assez mauvaise, et en mono.
Les studios Zenph viennent d’enregistrer une re-performance de cet enregistrement de 1955 : après le passage dans divers logiciels et ordinateurs, dont le détail, bien que fascinant, n’a au final que peu d’importance à côté du résultat, ils ont refait jouer cet enregistrement sur un piano de concert Yamaha. Le piano jouait tout seul, avec l’exact même jeu de Glenn Gould. Et la prise de son est cette fois ci parfaite. Comme si cet enregistrement de 1955 avait lieu aujourd’hui.
Mais le plus fascinant, c’est qu’à l’écoute, la technique mise en œuvre se fait oublier et il n’y a plus que le jeu de Glenn Gould, le piano. Et Bach.
Écoutez chaque note, chaque respiration, chaque liaison: ce sont les mêmes entre les deux enregistrements.
J’ai redécouvert cet enregistrement, que j’avais quelque peu relégué au fond de ma discothèque. Je préférais celui de 1981, toujours par Glenn Gould. La différence entre celui de 1955 et celui de 1981 est fascinante. En 1955, Glenn Gould débutait, découvrait Bach - de manière éblouissante. En 1981, un an avant sa mort, il avait compris plus que quiconque la musique de Bach. Derrière chaque note qu’il pose, il y a tant de choses, et cela s’entend.
Il y a aussi l’enregistrement de 1999 de Rosalyn Tureck, celle qui inspira Glenn Gould et qui est probablement la plus grande et la plus discrète interprète de Bach au piano. Cet enregistrement est lui aussi la conclusion de toute une vie.
Trois interprétations, quatre enregistrements. Tous différents. Autant de lectures du même chef d’œuvre.
Les Variations Goldbert, c’est une aria, 30 variations de cette aria, et puis la même aria.
On ne peut évidemment pas les résumer à cette aria, mais encore moins à ces quelques extraits qui précèdent. Alors voilà l’aria en intégralité pour chaque enregistrement.
Glenn Gould, 1955, re-performance Zenph
Il me reste un enregistrement que je n’ai pas mis ici: celui de la re-performance Zenph, mais en version Binaural. La prise de son a été réalisée en plaçant deux micros à l’entrée du canal auditif d’une tête artificielle. Cet enregistrement doit être écouté au casque, et le réalisme est saisissant. Tous les artifices de l’enregistrement disparaissent, on croirait se trouver à côté du piano.
Tard hier soir, sous ma couette, les yeux fermés je l’ai écouté avec mon casque Sennheiser HD650 - une merveille ce casque - et j’ai pleuré. Pleuré d’émotion, devant la beauté.
Une dernière preuve du génie qu’il y a dans ces variations Goldberg, de leur universalité et intemporalité, avec la relecture de Jacques Loussier, qui n’a évidemment pas vocation à être comparée à la version d’origine.
Jacques Loussier, 2000
Lesquelles préférez vous ?
Moi, je m’en retourne les jouer au piano, parce que c’est encore plus jouissif que n’importe quelle écoute.
Bach, par Alfred Brendel
Pas assez de soleil, trop de siestes ce week-end, couché trop tôt hier soir : mon horloge biologique n’est pas encore réglée sur l’heure Française. Alors ce matin, à 4h, j’étais réveillé, sans possibilité de me rendormir.
J’en ai profité pour écouter - découvrir - la réédition du seul disque de Bach enregistré par Alfred Brendel. Enregistré en une seule journée, le 29 mai 1976, il a été réédité à l’automne dernier par Universal Classics.
Conditions d’écoute idéales : l’obscurité, le silence, rien d’autre à faire qu’écouter.
Ce Concerto Italien, ces transcriptions de Busoni des chorals Ich Ruf’ Zu Dir, Herr Jesu Christ et Nun Komm’ Der Heiden Heiland, la Fantaisie et Fugue Chromatique, etc. je les connaissais déjà sous les doigts de tout un tas d’autres pianistes, mes doigts en connaissent également quelques uns par cœur.
Mais dans cet enregistrement d’Alfred Brendel, j’ai entendu la perfection. La magie et l’universalité de la musique de Bach étaient révélées à l’état pur. L’émotion m’a gagnée, une sensation de bien être intense. Plus rien n’existait, que la musique, si l’on peut encore parler de musique. Quelque chose que l’on ne peut pas décrire, quelque chose qui ne peut que se vivre. J’étais au chaud sous ma couette, et il n’y avait plus que la musique. Alors j’ai écouté une fois, deux fois. Et je me suis rendormi, en rêvant au deuxième mouvement du Concerto Italien.
C’est certain, ce disque est maintenant définitivement classé parmi mes préférés.
C’est probablement un sacrilège que d’écouter cette musique au format compressé sur des enceintes d’ordinateur, mais je tente quand même une illustration sonore, avec l’Andante (2ème mouvement) du Concerto Italien.
J.S. Bach, Concerto Italien BWV 971, Fantaisie et Fugue Chromatique BWV 903, Alfred Brendel
Home sweet home
Un vrai jus d’orange, du thé French Breakfast de chez Mariage, deux croissants tous frais de chez Poilâne.
La cantate BWV 180, dans l’enregistrement de Christophe Coin.
La fenêtre grande ouverte, l’air de Paris, le chant des oiseaux.
Être chez soi, c’est quand même incomparable ! Mais je n’y fait qu’un passage éclair, dans une heure je suis dans le TGV pour Rennes…
Because of me
Dimanche après-midi, à côté de Seattle.
Il pleut depuis ce matin, alors je suis resté à l’hôtel. Besoin de me reposer ce matin, et rien d’autre à faire cet après-midi. Mes prochaines découvertes touristiques de la région sont repoussées à mon prochain séjour ici, fin juin.
J’ai lu, j’ai dormi. iTunes fonctionne depuis ce matin presque dans discontinuer. D’abord Bach, des cantates, les enregistrements de Suzuki, parce que c’est ce dont j’ai besoin le dimanche matin. Quand j’étais petit, chaque dimanche à 9h, la radio était allumée sur France Musique, il y avait de la musique sacrée, Bach très souvent. Depuis je perpétue cette habitude.
Maintenant - je suis passé en mode aléatoire dans mes listes de lecture - ce sont les Scissor Sisters qui essayent d’ensoleiller ma journée. C’est triste, une journée pluvieuse tout seul à l’hôtel.
J’ai entrepris de faire du tri dans mes mails, et j’ai retrouvé un mail que je n’ai jamais envoyé, dans mon dossier brouillons. Je répondais à un mail que j’avais envoyé quelques mois auparavant.
Dans ce premier mail, qu’il n’allait lire que quelques mois plus tard parce que je l’avais volontairement envoyé sur une adresse qu’il ne lisait que rarement, et parce que je lui avais déjà dit oralement les mêmes choses, je lui disais combien je tenais à lui, que je l’aimais. Après un mois, je m’étais décidé à employer les mots aimer et amour. Je lui disais aussi que peu importe si cela devait s’arrêter un jour, j’aurai été heureux avec lui.
Dans le second mail que je n’ai jamais envoyé, je répondais à ce premier mail et lui expliquai clairement que tout était fini.
[...]
J’attendais avec impatience ton retour de vacances pour te revoir, et quand tu es rentrés, on ne s’est pas vus.
Tu n’étais pas disponible le soir de ton retour, je n’ai pas insisté pour te revoir. Et puis l’envie s’en est allée, subitement.
Elle n’est peut être pas loin, mais pour l’instant elle n’est plus là.Je ne suis pas en colère contre toi, je n’ai rencontré personne d’autre. J’ai juste besoin d’une pause dans notre relation, parce que l’envie n’est plus là, c’est tout.
Je suis très maladroit pour dire tout ça, j’ai peur de te rendre triste, et si tu es malheureux, alors je serai encore plus malheureux que toi.> Et puis peut être qu’un jour ça s’arrêtera, mais on
> restera amis.Je n’ai pas envie que ça s’arrête, mais pourtant on dirait que ça s’est arrêté. Je ne te dis plus de mots tendres, Je ne te dis plus mon désir.
On est au moins amis, mais cette nuit il pleut, je suis triste, les yeux un peu humides. Je vais être seul dans mon grand lit froid.
J’ai un peu l’impression d’être égoïste, parce que toi aussi je te sais triste, seul.> Je ne t’en demande pas autant, mais je te demande juste de me dire si
> un jour tu rencontres quelqu’un d’autre, ou si tu n’as plus envie de
> me voir. Et aussi de m’autoriser à te le dire, si c’est un jour le
> cas, et de n’être pas trop triste.Je t’ai aimé tu sais, et je veux que tu restes mon ami. Ou peut-être même que tout redeviendra comme avant, quand on dormait tous les deux ensemble.
Je ne sais pas.[...]
Je m’en veux de ne lui avoir jamais dit tout cela de manière explicite, de n’avoir jamais envoyé ce mail. Alors avant d’effacer ce brouillon, j’ai dépassé ma pudeur et j’en ai recopié quelques lignes ici.
C’était mi-août, 2006.
Je regarde mon agenda dans iCal. Dans les semaines et mois qui ont suivi, pas mal de prénoms, de moments ou nuits passés à deux… Je n’étais pas capable de penser à une relation sérieuse. Et puis, il y avait lui.
Fin janvier, j’ai décidé de mettre fin à tout cela, de redevenir sage - ce qui me ressemble mieux - et de chercher à construire quelque chose de sérieux. J’ai rencontré plusieurs garçons charmants, mais parce que je savais n’être à chaque fois à Paris que pour une dizaine de jours et que j’allais ensuite repartir quelque part à l’étranger pour plusieurs semaines, je n’ai jamais apporté ma baguette magique, il n’y a jamais eu cette magie de la première rencontre, je ne l’ai pas, de mon côté, laissée se produire. Manque de courage encore une fois ?
Voilà, il m’aura fallu un dimanche pluvieux dans une chambre d’hôtel à des milliers de kilomètres de Paris pour repenser à tout cela.
iTunes est toujours en mode aléatoire. Au moment où j’écris ces lignes, c’est Kelly Clarkson qui chante Because of you. You n’est personne, mais une larme coule sur ma joue.
Je regarde quelle sera la prochaine chanson dans mon mix aléatoire sur iTunes: Madonna, Intervention.
And I know that love will change us forever
And I know that love will keep us together
And I know, I know
There is nothing to fear
And I know that love
Will take us away from here
Au moins, iTunes me comprend
Je m’apprêtais à cliquer sur le bouton Publier, mais la sonnerie du téléphone m’a interrompu. On me propose d’aller partager une bouteille de champagne.
Non, pas ce soir.
Mstislav Rostropovitch

Il est l’un de ceux qui m’ont fait découvrir le violoncelle, et si cela fait plusieurs années que j’ai arrêté d’en jouer, ce sont les mêmes sensations qui m’envahissent à chaque fois que j’entends ses cordes vibrer.
Lorsque c’est sous l’archet de Rostropovitch, l’émotion est encore plus grande, de par le violoncelliste génial qu’il était, et aussi tout simplement par l’homme.
Merci Slava, et au revoir.
Catastrophe
Non, le titre n’est absolument pas exagéré, c’est une véritable catastrophe qui s’est abattue sur moi aujourd’hui. Oui, sur moi, pas uniquement sur mon iTunes et mon iPod. Enfin mes iPods.
Je passe sur les probables raisons techniques du problème pour en arriver aux faits: je branche mon iPod sur mon MacBook Pro pour le synchroniser avec mon iTunes, et là, il me dit que plusieurs morceaux de mes morceaux sont introuvables… Ils sont pourtant sur mon disque dur, mais iTunes ne les connaît plus. Ils ont presque tous pour point commun d’avoir été ajouté en 2004, soit le début de mon utilisation d’iTunes. Ce sont donc tous les morceaux de 2004 et surtout des années précédentes qu’iTunes ne connait plus. Ce n’est que la première partie de la catastrophe.
Comme je suis prévoyant, j’ai des sauvegardes, sauf que… avec tous ces voyages, la dernière est vieille de plusieurs semaines. Qu’à cela ne tienne, allons essayer de réparer cela à la main. Plusieurs tentatives, rien à faire, iTunes ne veut rien savoir.
Comme mes morceaux sont toujours sur mon disque dur, il suffit de les réimporter dans iTunes. Et c’est là qu’intervient la seconde partie de la catastrophe: pour iTunes, ils sont tous neufs ! Plus de classement, plus de compteur de lectures. Et ce sont toutes mes listes de lectures extrêmement intelligentes qui deviennent d’un coup stupides. Mon iPod nano qui se retrouve presque vide. À quelques heures de mon départ pour deux semaines…
Quelques mots sur mes listes de lecture intelligentes: j’ai un “vieil” iPod (2G) de 40Go mais dont la batterie n’est plus très vaillante, alors il me sert juste à l’hôtel, chez des amis, etc. Dans ma poche, j’ai toujours mon iPod nano, et comme je ne peux pas y mettre mes dizaines de Go de musique, je laisse l’intelligence d’iTunes choisir ce qu’il faut y mettre. À coups de listes intelligentes: les morceaux qui ont le meilleur classement, ceux que j’ai écouté le plus, depuis des années, le dernier mois, les nouveaux morceaux, ce qui sont là depuis longtemps et que j’ai très peu écouté et qui n’ont pas encore d’appréciation. Et des mélanges savants et subtils de tout cela, pour ne jamais écouter la même chose, redécouvrir d’anciens morceaux, avoir plusieurs sélections suivant mon humeur et le moment de la journée.
Et là, avec la moitié de mes morceaux qui se retrouvent sans classement et avec un compteur de lecture à zéro, ça ne marche plus
Pour moi, par delà toutes mes autres passions, c’est la musique qui m’est la chose la plus essentielle.
Peut-être de par mon éducation: j’ai paraît-il appris à lire une partition avant d’apprendre à lire l’alphabet, j’ai besoin d’avoir un piano chez moi, j’ai gardé de tout cela un goût tout particulier pour la musique classique. Probablement avec Bach devant tous les autres.
Et puis, parce que la musique peut m’accompagner partout. Sans rien, juste en l’imaginant, ou avec un iPod (ah… quelle géniale invention !). J’y associe tant de souvenirs, de sentiments, d’humeurs, d’histoires. Cela me permet de me décharger du trop plein de pression de mes journées, de mes chagrins, et de me recharger de joie, de bonheur, le matin, la journée, le soir. Tout le temps, partout.
Sur mon iPod il y a beaucoup plus d’autres choses que de classique. Parce que une messe ou une cantate de Bach, une symphonie de Beethoven, un concerto de Rachmaninov, un opéra de Haendel, ça ne s’écoute pas avec un casque d’iPod, dans le métro. Donc pour ce que j’écoute sur mon iPod, c’est de tout et n’importe quoi. Beaucoup de n’importe quoi surtout. Beaucoup de pop, joyeuse, parfois triste, souvent très sucrée et superficielle. Certains qualifient cela de musique de pétasse. J’assume !
Sur mon vieil gros iPod, j’ai une partie de ma discothèque. La plupart des CDs que j’achète sont de musique classique. Le reste, j’achète sur l’iTunes Store, ou je le récupère ailleurs. Mais il y des choses que je ne conçois pas d’avoir sous forme compressée. Alors j’achète des tas CDs de musique classique, j’ai beaucoup d’œuvres en plusieurs exemplaires, par différents interprètes. Une partie de tout cela va sur mon vieil gros iPod, pour les voyages. Lorsque je suis enfermé dans ma chambre d’hôtel, le soir ou les week-ends pluvieux au milieu de nulle part, cela me sert d’anti-dépresseur.
Cet après-midi, mon iPod s’est arrêté sur Madonna. Et là, sur ma chaine hifi, j’écoute les Variations Goldberg par Glenn Gould. Son enregistrement de 1981. Il y a mieux, mais c’est bien quand même.
Deux choses qui n’ont absolument rien à voir.
Il y a surement beaucoup de contradictions dans mes goûts musicaux, mais peu importe. Et si je n’étais fait que de cette contradiction…

