De la musique, oui, tout le temps. Elle m’accompagne depuis toujours.
Ça a commencé quand j’étais dans le ventre de ma mère. Peut-être est-ce pour cela que j’aime autant Bach, pour retrouver ces musiques que j’entendais quand j’étais fÅ“tus.
Il y a donc toujours eu de la musique, mais au fur et à mesure des années, j’ai créé des habitudes et des rites d’écoute.
Il y a la musique que je n’écoute que chez moi, il y a celle que j’écoute dans le métro, le train ou l’avion, celle que j’écoute au bureau ou à l’hôtel.
Il y a celle que j’écoute le matin, et celle que j’écoute tard le soir.
À chaque instant, chaque lieu, chaque musique, un mode d’écoute différent. En CD pour la musique classique, toujours. Stockée sous forme compressée lorsqu’elle a été mixée, retravaillée.
Au casque pour certaines premières écoutes, ou pour en approfondir d’autres, pour entendre la précision des instruments, le timbre d’une corde ou d’une voix.
J’ai à côté de mon lit une platine CD dédiée à cet effet, et un casque formidable.
Lorsqu’il s’agit de musique classique, je vais mettre un par un les CD dans le lecteur de ma chaîne, et au bout de quelques jours se forment des piles autour d’elle, les strates de mes écoutes, et aussi de mes humeurs, de la semaine.
Pour les autres musiques, je pilote tout depuis iTunes, et j’envoie ces sons compressés par WiFi. D’où le drame lorsque j’ai constaté vendredi soir, en rentrant, que ma borne Airport Express était morte. Samedi, j’en achetais une nouvelle.
Presque jamais je n’utilise les haut-parleurs de mon ordinateur, et les rares fois où je le fais, je n’aime pas ce que j’entends. En début de semaine, j’y écoutais Chris Garneau, dans ma chambre d’hôtel, et je n’aimais pas. Le son était renfermé, la voix sans intérêt. Presque désagréable. La même écoute une fois rentré chez moi, sur de vrais haut-parleurs, changeait tout.
Quand je ne suis pas chez moi, c’est mon iPod qui m’accompagne, et je dois avouer, mes écouteurs m’ont couté plus cher que l’iPod. Un modèle dans le haut de la gamme de Shure. Cela a tout changé, ils ne peuvent pas êtres comparés aux morceaux de plastique qui émettent des bruits et qui sont fournis avec les lecteurs MP3.
Rarement de musique classique sur mon iPod, le monde extérieur et mouvementé n’y est pas adapté.
Il y a aussi, évidemment, les écoutes sans ces modes de retransmission artificiels. Celles où l’on est au contact des instruments. Ce sont les plus belles, et rien de pourra jamais les remplacer.
Et puis, aussi, celles qui se font sans aucun son, lorsque la musique est dans ma tête. Souvenirs lointains, ou souvenirs de quelque chose entendu plus tôt dans la journée.
Hier, je suis passé dans une librairie musicale, à la recherche de transcriptions pour piano d’Å“uvres de Bach. Je ne savais pas exactement ce que je voulais, alors j’ai ouvert les partitions, et en les lisant, j’entendais les Å“uvres dont il s’agissait, la précision et la richesse des transcriptions. Certaines me plaisaient, d’autres non, et c’est ainsi que j’ai fait mon choix.
Ensuite, dans le métro, j’ai ouvert la partition que j’avais achetée, et je l’ai lue. Mes doigts restaient immobiles, mais je les sentais se déplacer sur les touches du piano.
Et surtout, j’entendais la musique.