Plus qu’un roman, c’est une autobiographie de quelques années, de la fin de l’année 2000 à 2002 : Emmanuel Carrère écrit sa recherche sur la véritable histoire de son grand-père, qui a collaboré pendant la guerre et dont la mort lors de la libération en 1944 reste énigmatique, sa quête et son enquête en russie d’où vient ce grand-père, “le fantôme qui hante [sa] famille“.
Il raconte sa découverte de la langue russe et ses séjours à Kotelnitch, d’abord pour enquêter sur un prisonnier de guerre hongrois qui a passé là-bas 55 ans dans un hôpital psychiatrique, en ne parlant à personne, oublié de tous. Puis ses séjours suivants, pour raconter la vie de Kotelnitch, cette ville perdue au nord de la Russie, et dont il ramène un film documentaire, Retour à Kotelnitch.
À cette enquête sur le pays, la langue et la culture de ses ancêtres se mêle l’histoire de son amour avec Sophie, de la naissance de cet amour jusqu’à sa mort. Et enfin ses relations avec sa mère, l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse - “Je devais avoir 10 ans. J’aimais Maman - c’était alors Maman, pas ma mère” - à qui s’adresse en partie ce livre.
L’autobiographie, l’analyse de ces quelques mois, est sincère, intimiste et pudique, parfois crue, et va bien au delà de l’exercice de style.
“Je me dis que oui, je vais raconter une dernière histoire d’enfermement, et que ce sera aussi l’histoire de ma libération” : une fois le livre refermé, c’est plus qu’une autobiographie que l’on a lue, c’est un questionnement sur soi, son histoire, ses fantasmes.
La confession d’un auteur, dont on se met à partager les interrogations.
Un roman russe, d’Emmanuel Carrère, Éditions P.O.L.