La nuit s’était pourtant bien passée malgré la chaleur qui avait envahi Paris et mon appartement, je m’étais endormi encore une fois heureux.
J’avais du temps ce matin : prendre tranquillement mon petit déjeuner, terminer ma valise, et aller sans empressement à l’aéroport puisque je m’étais déjà enregistré pour mon vol.
On est lundi matin, le RER sera aussi rapide qu’un taxi, et je ne suis pas pressé.
Le RER approche de Gare du Nord, je plonge la main dans ma poche droite: ce que je pensais être mon téléphone portable est mon iPod. Poche gauche: pas de téléphone non plus. N’ayant que deux poches, il n’y a aucun doute à avoir : je n’ai pas mon téléphone. Je regarde ma montre, j’ai encore un peu de temps, le RER arrive à Gare du Nord, je sors, je maudis la longueur des couloirs et du hall pour arriver à la sortie où attendent les taxis. La file de taxis est pleine mais… aucun chauffeur ! Nous sommes plusieurs à attendre, l’attente est longue, mais je ne me vois pas partir sans mon téléphone.
Certes à l’étranger je l’utilise peu, pour éviter de revenir avec une facture astronomique, et le téléphone SIP sur mon compte Free m’est plus utile (c’est-à-dire que je reçois sur mon ordinateur les appels faits sur le numéro de téléphone associé à ma Freebox et que je peux en émettre, le tout totalement gratuitement vers les fixes, pour quelques centimes vers les portables, ce qui est beaucoup moins de un à deux euros par minute en utilisant mon portable en roaming).
Mais… il y a surtout lui, et j’ai besoin, comme la dernière fois, de pouvoir communiquer avec lui où que je sois… :-$ D’où mon impossibilité d’imaginer partir 2 semaines à plus de 7000 km de Paris sans mon téléphone.
Me voilà donc dans le taxi, le chauffeur me dit que ce doit être faisable. Gare du Nord, 15ème, Aéroport Charles de Gaulle. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de feux rouges dans Paris.
Il m’attend en bas de chez moi, je monte, la lumière sur le palier est grillée… machinalement je cherche mon téléphone pour éclairer la serrure… et je me retrouve à tatonner fébrilement pour trouver les serrures et y mettre les bonnes clés. J’espère trouver mon téléphone, je ne me souviens pas l’avoir mis à un endroit particulier.
J’ouvre la porte. Il est là, tout seul, au milieu de ma table… Je suis rassuré, le monde peut maintenant presque s’écrouler. Il me faut juste arriver à temps à l’aéroport.
J’en profite quand même pour vider ma boîte aux lettres. Tiens, mon courrier de confirmation d’abonnement à Velib’ qui était en souffrance quelque part à la Poste est enfin arrivé… Trop tard !
Maintenant que j’ai mon téléphone, je peux consulter la carte du trafic jusqu’à l’aéroport, tout semble vert.
Finalement j’arrive largement à temps pour déposer mes bagages, et le contrôle de sécurité où il y a habituellement une queue immense le lundi à cette heure là est désert. J’ai même le temps de m’ennuyer avant d’embarquer et d’aller refaire mon stock de crèmes hydratantes !
J’avais réservé le siège 20G en prenant mon billet, sachant qu’il est tout à l’avant et qu’il y a beaucoup de place devant pour tendre ses jambes. Un grand père américain arrive, me soutient que j’ai pris sa place, j’essaie de lui apprendre l’alphabet : oui, il est bien au milieu de la rangée, oui F est avant G dans l’alphabet, oui c’est moi qui suis rangée G. Il commence à se fâcher, essaie de m’appitoyer sur son grand âge et ses longues jambes qu’il ne pourra pas étirer, et finalement se résigne. Non mais, que l’on ne me vole pas mon siège !
Une hôtesse arrive, et pour je ne sais quelle raison, elle cherche à déplacer quelqu’un, et évidemment ça tombe sur moi. Je répète à nouveau que je tiens à mon siège, elle insiste, me fait faire le tour de l’avion pour me montrer les places qu’elle me propose, je les refuse toutes et reviens à mon siège en lui demandant de trouver un autre volontaire. Malgré les apparences, je ne suis pas un étudiant qui part en vacances et qui ne prend l’avion qu’à ces occasions.
Vexée, elle cherche une solution, et finalement me propose la sortie de secours. C’est aussi bien… sauf que plus à l’arrière de l’avion et beaucoup plus bruyant… et avec une vue imprenable sur les toilettes !
L’avion part en retard, et la première heure de vol n’est pas très calme, il y a beaucoup de turbulences. Ca ne me dérange pas sauf que… ils ont servi directement le déjeuner, en sautant l’apéritif. Moi qui voulait ma coupe de champagne… Tant pis, je me rattraperai sur le Cognac à la fin du repas.
À côté de moi, un consultant Microsoft, je sors quand même mon MacBookPro qu’il regarde avidement, et après une petite démo il reconnaît qu’Apple est quand même très largement en avance.
Nous sommes à l’instant au Nord de la Baie d’Hudson, l’avion survole des plaques de glace à la dérive, en bordure d’une vaste étendue de terre déserte, où la neige termine de fondre, il n’en subsiste que quelques points blancs. Il y a des lacs, des rivières, mais aucune trace de végétation ou d’activité humaine. Comme à chaque fois, je suis émerveillé par la beauté de la planète. Je pourrai rester des heures la tête collée contre le hublot, à contempler le ciel, les nuages, les paysages que l’on survole.
Ce voyage devrait être le dernier. Évidemment le projet se prolonge, mes collègues américains ont décidé que j’étais indispensable, mais j’ai en prévision mité le mois d’août et la première moitié de septembre de jours de congés, ceux que l’on m’avait déjà contraint d’annuler. Ils sont maintenant inamovibles, et ça tombe bien. Tout déplacement lointain est impossible.
Lorsque j’avais appris ces mois de voyages incessants, j’avais écrit que certes je partais sans aucune réelle attache à Paris, mais que c’était à Paris que je souhaitais être retenu.
(Et me voilà arrivé au bureau, juste le temps de poster ces lignes sans les relire, on m’attend pour une réunion)











3 commentaires
Quel baroudeur! Dire que je n’ai jamais vu les Etats-Unis encore
Dis, est-ce que tu as bien reçu mon mail? Enfin, mon message par l’interface de ton blog, plus exactement…
« Ooooh American life… »
Quel chanceux, ce doit être très beau Seattle en été.
Seattle ??? wouai… joli patelin!
Un trackback
[...] hasard de mes blog-lectures très Vélib’ (GuiM, Ikare, Thanos, Vincen-t, Dr Miky), j’ai fini chez “Faut pas pousser Mémé dans les orties“, le blog [...]