En mineur

De toutes mes occupations, de tous mes loisirs, de toutes mes passions, il en est un qui m’est le plus essentiel, qui surpasse tous les autres. On m’a offert l’apprentissage de la musique pendant toute mon enfance, j’ai appris à lire les notes de musique avant d’apprendre à lire l’alphabet.
Le piano est resté mon instrument favori. Peut être parce qu’il y a toujours eu un piano à la maison, il était vieux, en bois marron, verni, les pieds travaillés, les touches plaquées d’ivoire. Ma maman en jouait. Je connais par cœur ce qu’elle jouait quand j’étais petit, et sans les avoir jamais travaillés, c’est comme si mes doigts connaissaient ces morceaux. Il y avait Bach, Rameau, Schubert, Chopin… La chatte n’aimait pas le son du piano et fuyait dès qu’elle entendait une corde vibrer, mais elle venait se coucher à côté du piano quand c’était du Chopin, quelques Nocturnes je crois.

De mes cinq ans à mon entrée en école d’ingénieur, j’ai pris des cours de piano. Les dernières années, j’en donnais aussi quelques uns, à des enfants qui débutaient. J’aimais ça, c’était magique.
Je n’étais pas trop mauvais, j’ai même été assez bon, même si j’abusais un peu trop de mes facilités à déchiffrer, à m’approprier les morceaux, à ma musicalité, au détriment de la technique.
Depuis que j’ai arrêté d’en jouer et de travailler régulièrement, j’ai beaucoup perdu. Mes doigts peinent à suivre, ils ne veulent pas toujours appuyer sur la bonne touche. Une des premières choses que j’ai achetée quand je me suis installé à Paris, quelques mois après avoir été embauché, c’est un piano. Électronique, parce qu’un vrai piano s’accommode difficilement avec ses voisins dans un studio parisien, mais je n’en suis pas déçu. Ce n’est certes pas un vrai piano, mais – ce devait être un des meilleurs dans sa gamme à l’époque – j’y retrouve le toucher d’un vrai clavier.
Mon rêve, un jour, ce sera d’avoir un piano à queue.

Je joue tout seul, pour moi. Principalement ce que j’ai déjà joué. Hier soir, alors que les chaînes de télévision diffusaient les résultats des élections et les réactions des uns et des autres, j’ai redécouvert les impromptus de Schubert. De temps en temps, je m’aventure à de nouveaux morceaux. Il y a un magasin de musique à la sortie de ma station de métro, et parfois, j’ai une envie subite d’une nouvelle partition, alors je vais l’acheter quand je rentre du bureau, s’il n’est pas trop tard. Chaque œuvre existe chez plusieurs éditeurs : je choisis mon édition en fonction du papier, de sa couleur – il ne doit pas être trop blanc, mais pas trop jaune non plus -, de son grain, de la forme des notes qui y sont imprimées. J’ai mon éditeur favori…
Il arrive que je n’arrive pas à jouer ce que je viens d’acheter, alors je me contente de la lire, et le plaisir est là quand même.

Je ne joue pas – plus ? – très bien en fait.

Les moments au piano les plus essentiels pour moi, c’est le soir tard, quand la nuit est tombée depuis plusieurs heures sur Paris, que ma journée a été longue, ou difficile, ou remplie d’émotions.
Mon studio est presque dans l’obscurité, le clavier du piano parfois juste éclairé par une bougie. Le casque sur les oreilles, je joue pendant une heure, deux heures, peut-être plus, le temps n’a plus d’importance… Je ne joue rien de particulier, je laisse mes doigts se promener sur les touches, explorer le clavier, et mon imagination s’exercer. Je ne pense plus à rien, ou alors à plein d’autres choses, mais plus à ce que je fait. Je ne joue que pour moi, et je crois que si une oreille extérieure venait à m’écouter, alors cela serait différent, je n’aurai plus la même spontanéité, la musique ne sortirait plus de la même façon.

Je ne dis jamais beaucoup mes émotions, je ne sais pas non plus les écrire, ici ou ailleurs. Je crois que c’est n’est qu’au piano que je sais les retranscrire. Et trouver l’apaisement qui me permet ensuite de m’endormir.

D’où que je parte, et quels que soient mes voyages lors de ces soirées, je termine toujours en mineur, le majeur est une contrée dans laquelle je n’arrive pas à rester.
La tonalité mineure, c’est toujours un peu triste, mélancolique. La tonalité majeure est plus franche, plus joyeuse, sûre d’elle même.

Un jour, j’arriverai à improviser en majeur.

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4 commentaires

  1. Le 8 mai 2007 à 23h28 | Permalien

    C’est vraiiii??? Tu sais jouer du Piano?! Je suis trop admiratif des gens qui savent jouer un instrument de musique, le piano surtoooout!!! Mon grand regret c’est de ne pas avoir appris ça. Et j’adore surtout quand je m’assoie à côté de quelqu’un qui joue pour écouter, j’aime les mélodies tristes ça m’émeut tellement. Comme celle de la liste de Schindler, elle me fait pleurer à chaque fois qu’un de mes amis la joue!!!
    Alala tu ne me crois sûrement pas mais je t’assure je n’exagère pas, je suis fasciné par les gens qui savent jouer quelque chose d’émouvant! J’ai envie de te féliciter, même si c’est un peu bête lol…

  2. Le 9 mai 2007 à 11h17 | Permalien

    Ah… Quel romantique! Je n’avais aucun doute là-dessus… Tu ne fais que confirmer mes impressions! Que la vie ne t’abime pas cher Vincent!
    Juste: savoir exprimer ses émotions par la parole ou par les écrits c’est important aussi… De toute façon, il faut trouver un moyen de les sortir de là (je parle du coeur) et de là (je parle de la tête) sous peine d’exploser!
    Des bises

  3. Le 9 mai 2007 à 23h43 | Permalien

    @boytoy: mais non, ça n’a rien de bête, et ça me fait très plaisir. Et moi j’ai envie de te féliciter de savoir écouter et apprécier, parce que crois moi, c’est aussi un talent que tout le monde n’a pas

    @Ditom: je sais qu’il me reste beaucoup à apprendre, et que j’apprends un peu jour après jour

  4. Grhyll
    Le 6 janvier 2008 à 21h19 | Permalien

    Je suis tombé complètement par hasard sur ton blog, mais alors vraiment par hasard, et puis je ne sais pas pourquoi, j’ai lu ce billet… et… Ben… Perd pas ça. Ca m’a touché, ce billet, je joue aussi du piano, même si probablement bien moins bien que toi, et laisse pas le temps détruire ce que tu as appris durant toute ton enfance, c’est vraiment une chance de pouvoir jouer comme toi, de pouvoir improviser si facilement… Bref voilà. Commentaire qui sert un peu à rien, mais le billet m’a touché, alors j’avais envie de laisser quelque chose.

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    Je n'aurai pas à déménager dans nos autres bureaux de la Défense, on vient de prolonger le bail à Opéra pour 5 ans :-) #soulagement 17/10/2011
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    « Joyeuses Pâques »
    La Check-List, vendredi 2 avril 2010, LeMonde.fr – Les Indégivrables, Xavier Gorce

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    Les comparaisons sont toujours très instructives, et parfois cruelles : les vins les plus prestigieux se révèlent parfois n’être pas à la hauteur de leur prestige…

    Pauillac Château Lynch Bages, 2004: 10/10

    Margaux Château Giscours, 2004: 10/10

    Barsac Château Coutet, 1997: 9/10

    Saint-Julien Château Ducru-Beaucaillou, 2001: 8,5/10

    Haut-Médoc Château Sociando-Mallet 2002: 8,5/10

    Haut-Médoc Château La Lagune 2007: 8,5/10

    Saint-Émilion Grand Cru Château Sansonnet 2002: 8/10

    Saint-Estèphe Château Les Ormes de Pez, 1996: 8/10

    Haut-Médoc Héritage de Chasse-Spleen 2002: 8/10

    Pomerol Château Beauregard 2004: 7,5/10

    Moulis-en-Médoc Château Chasse-Spleen 1990: 7,5/10

    Sauternes Château Guiraud, 2002: 7,5/10

    Saint-Julien Château Talbot, 2002: 7/10

    Saint-Julien Château Lalande Borie, 2006: 7/10

    Margaux Baron de Brane 2005: 7/10

    Haut-Médoc Mademoiselle L, 2007: 7/10

    Margaux Château Ferrière, 2002: 6/10

    Saint-Estèphe Château Phélan Ségur, 1999: 4/10 (la bouteille avait vraiment un problème, bien que goûtée juste avant par celui qui la faisait déguster…)

    Dégustation « Les Vins de Bordeaux », Lavinia, jeudi 18 mars 2010

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    8/10

    C’est un film dont on retient plus la photo, les costumes et les décors et le jeu des acteurs que l’histoire, mais qu’importe, c’est beau, c’est élégant, c’est raffiné, jusqu’au moindre détail.

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    Soyons très précis. L’homosexualité, c’est comme être gaucher, une minorité qu’on essayait de contrarier. Il ne faut pas en faire une unité de valeur, pas plus qu’un sujet d’opprobre ou de dégoût. C’est juste une manière de vivre sa sexualité.
    Rien de plus.