Celebrate the randomness of life

Il faut que je vous parle d’un de mes collègues qui est avec moi ici, celui qui m’a offert vins et champagne hier soir, à la fin d’une banale journée de travail, sans aucune occasion particulière.

Il prend ses notes techniques sur des cahiers Moleskine, range son ordinateur portable dans un sac Gucci, sans aucune prétention: une élégance simple et discrète. Il ne veut pas apprendre à conduire, a passé un an à Paris sans avoir jamais pris les transports en commun : il ne se déplace qu’en taxi. Il n’a pour seul plaisir que d’aller dans les plus grands restaurants, aux quatre coins du monde, boire les meilleurs vins. Il n’a pas de famille, pas d’attaches, il aime ces voyages professionnels qui lui permettent de passer des mois dans de grandes capitales. Il connait par cœur les cartes des restaurants gastronomiques les plus réputés, raconte comment les vins qu’il a bu s’accordaient avec les plats.

Son salaire, probablement élevé, passe entièrement dans ses repas, pour lui et ceux qu’il invite. Il est généreux, avec ceux qu’il estime, parce qu’il peut aussi être très méprisant.

Ce soir j’ai diné seul avec lui, parce que mes autres collègues ont peur de ses folies, ne veulent pas y participer. J’ai payé mon repas, alors il a voulu m’acheter un livre: A Writer’s San Francisco – A Guided Journey for the Creative Soul, de Eric Maisel. Un livre qu’il aime beaucoup, qu’il me conseille de lire avant que je ne retourne visiter San Francisco dans une dizaine de jours. Comme s’il ne pouvait pas concevoir une journée sans générosité. C’est la première fois qu’un collègue me fait un cadeau, comme ça, sans aucune raison particulière. Comme le champagne hier soir.

Je me rends compte que je ne vous ai en fait presque rien dit de lui, parce que je ne sais pas comment le décrire. Il est à la fois fascinant et inquiétant, plein de vie et déprimant. Plus il parle de lui, de ce qu’il aime, de ses motivations, plus il parait mystérieux.

Quand je lui ai demandé pourquoi tout cela, ces repas, ces vins, cette générosité, ces bouteilles de vin et de champagne hier soir, il a eu cette belle réponse: « To celebrate the randomness of life« .
Je crois qu’il a raison.

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2 commentaires

  1. Le 3 avril 2007 à 16h02 | Permalien

    J’adore ce style de mec: raffinement naturel et pas ostentatoire, culture étendue, générosité à toute épreuve… Il semble tout droit sorti d’un roman du XIXème siècle. Le genre de personnage avec lesquels on a le sentiment de s’élever un peu.

  2. Le 4 avril 2007 à 6h03 | Permalien

    J’ai dîné plusieurs fois avec lui encore, je n’ai pas fini de le découvrir. Littérature, cinéma, photographie, architecture : sa culture semble sans limite… Et puis il dit ce qu’il pense, sans détour, il n’aime pas le consensus mou…
    Une fois que j’aurai réussi à rassembler mes pensées sur lui, j’écrirai surement une suite à ce post.
    Et demain soir, c’est avec plaisir que j’irai fêter ma dernière journée ici avec lui.

Un trackback

  1. [...] ici les prochains mois. C’était le prétexte pour avoir un dîner de folie avec un de mes collègues américains. Excellent restaurant avec une formidable vue sur Seattle, plusieurs bouteilles de vin à trois [...]

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    Je n'aurai pas à déménager dans nos autres bureaux de la Défense, on vient de prolonger le bail à Opéra pour 5 ans :-) #soulagement 17/10/2011
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    « Joyeuses Pâques »
    La Check-List, vendredi 2 avril 2010, LeMonde.fr – Les Indégivrables, Xavier Gorce

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    Les comparaisons sont toujours très instructives, et parfois cruelles : les vins les plus prestigieux se révèlent parfois n’être pas à la hauteur de leur prestige…

    Pauillac Château Lynch Bages, 2004: 10/10

    Margaux Château Giscours, 2004: 10/10

    Barsac Château Coutet, 1997: 9/10

    Saint-Julien Château Ducru-Beaucaillou, 2001: 8,5/10

    Haut-Médoc Château Sociando-Mallet 2002: 8,5/10

    Haut-Médoc Château La Lagune 2007: 8,5/10

    Saint-Émilion Grand Cru Château Sansonnet 2002: 8/10

    Saint-Estèphe Château Les Ormes de Pez, 1996: 8/10

    Haut-Médoc Héritage de Chasse-Spleen 2002: 8/10

    Pomerol Château Beauregard 2004: 7,5/10

    Moulis-en-Médoc Château Chasse-Spleen 1990: 7,5/10

    Sauternes Château Guiraud, 2002: 7,5/10

    Saint-Julien Château Talbot, 2002: 7/10

    Saint-Julien Château Lalande Borie, 2006: 7/10

    Margaux Baron de Brane 2005: 7/10

    Haut-Médoc Mademoiselle L, 2007: 7/10

    Margaux Château Ferrière, 2002: 6/10

    Saint-Estèphe Château Phélan Ségur, 1999: 4/10 (la bouteille avait vraiment un problème, bien que goûtée juste avant par celui qui la faisait déguster…)

    Dégustation « Les Vins de Bordeaux », Lavinia, jeudi 18 mars 2010

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    8/10

    C’est un film dont on retient plus la photo, les costumes et les décors et le jeu des acteurs que l’histoire, mais qu’importe, c’est beau, c’est élégant, c’est raffiné, jusqu’au moindre détail.

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    Soyons très précis. L’homosexualité, c’est comme être gaucher, une minorité qu’on essayait de contrarier. Il ne faut pas en faire une unité de valeur, pas plus qu’un sujet d’opprobre ou de dégoût. C’est juste une manière de vivre sa sexualité.
    Rien de plus.