Il faut que je vous parle d’un de mes collègues qui est avec moi ici, celui qui m’a offert vins et champagne hier soir, à la fin d’une banale journée de travail, sans aucune occasion particulière.
Il prend ses notes techniques sur des cahiers Moleskine, range son ordinateur portable dans un sac Gucci, sans aucune prétention: une élégance simple et discrète. Il ne veut pas apprendre à conduire, a passé un an à Paris sans avoir jamais pris les transports en commun : il ne se déplace qu’en taxi. Il n’a pour seul plaisir que d’aller dans les plus grands restaurants, aux quatre coins du monde, boire les meilleurs vins. Il n’a pas de famille, pas d’attaches, il aime ces voyages professionnels qui lui permettent de passer des mois dans de grandes capitales. Il connait par cœur les cartes des restaurants gastronomiques les plus réputés, raconte comment les vins qu’il a bu s’accordaient avec les plats.
Son salaire, probablement élevé, passe entièrement dans ses repas, pour lui et ceux qu’il invite. Il est généreux, avec ceux qu’il estime, parce qu’il peut aussi être très méprisant.
Ce soir j’ai diné seul avec lui, parce que mes autres collègues ont peur de ses folies, ne veulent pas y participer. J’ai payé mon repas, alors il a voulu m’acheter un livre: A Writer’s San Francisco – A Guided Journey for the Creative Soul, de Eric Maisel. Un livre qu’il aime beaucoup, qu’il me conseille de lire avant que je ne retourne visiter San Francisco dans une dizaine de jours. Comme s’il ne pouvait pas concevoir une journée sans générosité. C’est la première fois qu’un collègue me fait un cadeau, comme ça, sans aucune raison particulière. Comme le champagne hier soir.
Je me rends compte que je ne vous ai en fait presque rien dit de lui, parce que je ne sais pas comment le décrire. Il est à la fois fascinant et inquiétant, plein de vie et déprimant. Plus il parle de lui, de ce qu’il aime, de ses motivations, plus il parait mystérieux.
Quand je lui ai demandé pourquoi tout cela, ces repas, ces vins, cette générosité, ces bouteilles de vin et de champagne hier soir, il a eu cette belle réponse: « To celebrate the randomness of life« .
Je crois qu’il a raison.











2 commentaires
J’adore ce style de mec: raffinement naturel et pas ostentatoire, culture étendue, générosité à toute épreuve… Il semble tout droit sorti d’un roman du XIXème siècle. Le genre de personnage avec lesquels on a le sentiment de s’élever un peu.
J’ai dîné plusieurs fois avec lui encore, je n’ai pas fini de le découvrir. Littérature, cinéma, photographie, architecture : sa culture semble sans limite… Et puis il dit ce qu’il pense, sans détour, il n’aime pas le consensus mou…
Une fois que j’aurai réussi à rassembler mes pensées sur lui, j’écrirai surement une suite à ce post.
Et demain soir, c’est avec plaisir que j’irai fêter ma dernière journée ici avec lui.
Un trackback
[...] ici les prochains mois. C’était le prétexte pour avoir un dîner de folie avec un de mes collègues américains. Excellent restaurant avec une formidable vue sur Seattle, plusieurs bouteilles de vin à trois [...]