Archives de mars 2007

Samedi 31 mars 2007

American Life (2)

La première semaine ici est déjà terminée, je n’ai pas vu le temps passer. Mon lit est comme tous les soirs recouvert d’oreillers, ma chambre baignée dans le piano de Brad Mehldau et la guitare électrique de Pat Metheny. Sur ma table de chevet des livres que je n’ai presque pas ouverts, sur le bureau mon MacBook Pro et une pile de journaux Usa Today que je n’ai pas dépliés, quelques pantalons et chemises jetés sur le dos du fauteuil.

Comme tous les soirs, j’ai éteint la climatisation de la chambre ; ce soir je n’ai pas programmé mon réveil pour le lendemain matin. Je craignais d’être seul ici, mais ce n’est que la première soirée que j’ai passée seul. Du vin blanc de la région - d’heureuses découvertes que les vins de l’état de Washington: autant les vins Californiens m’avaient beaucoup déçus l’année dernière, autant ceux d’ici sont très agréables et de qualité -, une salade Caesar, du saumon pêché dans la mer toute proche, quelques asperges vertes et autres légumes, des serveurs attentifs et sympathiques, un livre pour compagnon : un dîner tout seul au restaurant, mais un dîner très agréable.

Il est en fait très simple de vivre confortablement ici, pour peu que l’on ait une carte de crédit dans la poche. L’hôtel est à quelques centaines de mètres à pied du bureau. Entre les deux un mélange de Disneyland et de centre commercial. Des trottoirs fleuris et toujours immaculés, des bancs partout, que des employés sèchent tous les matins de la rosée de la nuit, des jeux pour enfants, une statue en bronze de l’ancien chien d’un des gardiens, des parapluies violets en libre service à chaque carrefour, des fontaines, des voitures qui s’arrêtent aux passages piétons.

J’y ai déjà pris mes repères: le restaurant de l’hôtel pour le petit déjeuner, ma serveuse attitrée, ma table à côté de la baie vitrée ; un espresso chez Tully’s avant d’aller au bureau ; le trottoir du côté d’Abercrombie & Fitch ; le gardien qui me connaît et me donne mon badge visiteur, se plaît à essayer de prononcer mon nom ; le déjeuner chez Così, un peu le Cojean local ; plus tard un café chez Starbucks ; un verre avec mes collègues au bar de l’hôtel, un restaurant ici ou dans les environs.

Quelques appels avec la France tôt le matin ou tard le soir, des e-mails, des discussions par messagerie instantanée, mon aggrégateur RSS qui me présente les nouveautés des blogs et sites d’information tout au long de la journée, Le Monde en PDF, France Info sur Internet pendant que je prends ma douche.

Des discussions politiques, historiques, culturelles, gastronomiques, touristiques ; du soleil depuis que je suis arrivé ; de la reconnaissance et du respect de la part de collègues et partenaires qui ont 10 ans d’expérience de plus que moi, et à qui je vais dire ce qu’ils doivent faire ; un projet stratégique de plusieurs millions, dont j’ai la responsabilité technique.

Demain et dimanche, un ami qui s’est installé ici il y a quelques années va me faire visiter la région. Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu, je vais rencontrer sa femme, voir sa maison en construction. Me décharger de la cargaison de chocolat que j’ai apportée pour lui.

La semaine prochaine ne sera ici avec moi qu’un collègue américain: nous avons des discussions à continuer, il veut retourner dans ce restaurant de fruits de mer. Plein de choses à terminer chez le client, pour que le projet puisse réellement commencer.

Le temps va passer vite finalement, je n’aurai pas le temps de penser que je suis seul, que Paris me manque. Ce sera peut-être pour les prochaines fois. En échange de mes vacances que j’annule pour les prochains mois, je choisis les dates et durées de mes prochains voyages. Ce sera en Californie, à San Francisco. Il me sera probablement difficile de m’y ennuyer finalement : trop de choses que je veux y voir, revoir, faire, refaire. D’amis et connaissances.

Mais je sais que lorsque je vais rentrer à Paris vendredi prochain, puis prendre le train pour la Bretagne du samedi au lundi, je vais être encore plus certain d’une chose: que j’aime Paris plus que tout, les paysages de la campagne française qui défileront aux fenêtres du TGV, la maison de mes parents, ma chambre, le jardin.

Vendredi 30 mars 2007

Oreillers

Pourquoi 7 oreillers pour moi tout seul ?
Oreillers

Jeudi 29 mars 2007

Celebrate the randomness of life

Il faut que je vous parle d’un de mes collègues qui est avec moi ici, celui qui m’a offert vins et champagne hier soir, à la fin d’une banale journée de travail, sans aucune occasion particulière.

Il prend ses notes techniques sur des cahiers Moleskine, range son ordinateur portable dans un sac Gucci, sans aucune prétention: une élégance simple et discrète. Il ne veut pas apprendre à conduire, a passé un an à Paris sans avoir jamais pris les transports en commun : il ne se déplace qu’en taxi. Il n’a pour seul plaisir que d’aller dans les plus grands restaurants, aux quatre coins du monde, boire les meilleurs vins. Il n’a pas de famille, pas d’attaches, il aime ces voyages professionnels qui lui permettent de passer des mois dans de grandes capitales. Il connait par cœur les cartes des restaurants gastronomiques les plus réputés, raconte comment les vins qu’il a bu s’accordaient avec les plats.

Son salaire, probablement élevé, passe entièrement dans ses repas, pour lui et ceux qu’il invite. Il est généreux, avec ceux qu’il estime, parce qu’il peut aussi être très méprisant.

Ce soir j’ai diné seul avec lui, parce que mes autres collègues ont peur de ses folies, ne veulent pas y participer. J’ai payé mon repas, alors il a voulu m’acheter un livre: A Writer’s San Francisco - A Guided Journey for the Creative Soul, de Eric Maisel. Un livre qu’il aime beaucoup, qu’il me conseille de lire avant que je ne retourne visiter San Francisco dans une dizaine de jours. Comme s’il ne pouvait pas concevoir une journée sans générosité. C’est la première fois qu’un collègue me fait un cadeau, comme ça, sans aucune raison particulière. Comme le champagne hier soir.

Je me rends compte que je ne vous ai en fait presque rien dit de lui, parce que je ne sais pas comment le décrire. Il est à la fois fascinant et inquiétant, plein de vie et déprimant. Plus il parle de lui, de ce qu’il aime, de ses motivations, plus il parait mystérieux.

Quand je lui ai demandé pourquoi tout cela, ces repas, ces vins, cette générosité, ces bouteilles de vin et de champagne hier soir, il a eu cette belle réponse: “To celebrate the randomness of life“.
Je crois qu’il a raison.

Mercredi 28 mars 2007

American Life (1)

Je n’ai toujours pas sorti ma carte Visa depuis que je suis arrivé ici, et ce soir, après avoir testé tous les vins rouges de la région pour choisir celui que nous allions boire, j’ai enchaîné sur les bouteilles de champagne - ça ne se refuse pas… Mes collègues sont certes américains, mais ils n’ont rien d’américain… et moi je ne suis plus capable que d’une chose: aller dans mon lit recouvert d’oreillers (pourquoi mettent-ils sept oreillers par personne ici ?). Même à Paris je suis plus sage… enfin presque.

…Ca, c’était hier soir au moment de me coucher, quelques mots écrits rapidement, que je pensais poster le matin.
Nous voici en plein milieu de la nuit: le grand chef de ma boîte, à qui je n’avais jamais parlé jusqu’ici, me réveille en appelant ma chambre, et forcément, au 3ème appel, je suis obligé de décrocher le téléphone… quelques souvenirs de champagne encore dans la tête.
Questions à un nombre qui se termine avec plein de zéros, je suis le seul à en connaitre les réponses… Et me voilà dehors pour aller dans la chambre de mon collègue qui évidemment n’a pas pris le même hôtel que moi, l’air frais tente de me réveiller, sans réel succès, et tous les deux nous essayons de trouver les réponses magiques qui déclencheront le paiement de cette somme miraculeuse… pas sur mon compte malheureusement !

La prochaine fois que l’on me saoulera au champagne, je me méfierai ! Et l’heure à laquelle je dois être au bureau demain matin ne change pas…

Mardi 27 mars 2007

Notes

Je tombe de sommeil, alors quelques notes ici pour la prochaine fois:

- Éviter la prochaine fois de voyager sur une compagnie aérienne qui n’emploie que des hôtesses… qui ont de très nombreuses années d’expérience, et qui les habille d’un très seyant tablier de cuisine bleu marine

- Pour ne pas passer pour un imbécile, ne pas insister à vouloir ouvrir avec sa carte magnétique la chambre dont le numéro est égal au prix de la chambre

- La chambre avec vue sur une affiche de torse masculin d’une boutique Abercrombie & Fitch, c’est pas mal…

Dimanche 25 mars 2007

Boarding Now

Demain, je partirai pour la côte Ouest des États-Unis. Deux destinations. Deux semaines, 3-4 jours en France, et à nouveau deux semaines.

Voir un client, des collègues, travailler. Rentrer quelques heures avant la clôture des bureaux de vote, seul prétexte à mon retour. Savoir que je repartirai encore plusieurs fois les mois suivants.

Les quelques jours en France au milieu sont un peu ridicules, mais ils étaient prévus (et puis ça me permettra de manger plein de lapins en chocolat ;-) ) et les voyages se sont l’un après l’autre agencés autour…

Comme il est difficile de se plaindre de telles destinations (et j’ai connu largement pire !), et bien que je n’ai pas spécialement envie de partir, que je redoute déjà mes soirées solitaires à l’hôtel 4 étoiles en banlieue de grandes villes, je vais essayer de lister les points positifs à ces voyages:

  • gagner plein de Miles
  • pouvoir expérimenter plusieurs méthodes pour ne pas trop souffrir du jet-lag (la dernière fois j’en ai expérimenté une qui a très bien marché, mais pour ça il faut avoir quelqu’un qui m’attend…)
  • avoir du temps pour lire
  • terminer d’achever mon compte en banque
  • rêver de pouvoir apercevoir un iPhone, quelque part dans leurs labs (non je ne vais pas chez Apple… à Redmond ce serait le comble, mais je ne vais pas chez Microsoft non plus, y’a des limites quand même ! et me connaissant ce serait plutôt dangereux… ils ne me laisseraient pas entrer de toute façon)
  • ne pas avoir à faire de ménage, vaisselle, etc. pendant un mois
  • échapper au n’importe quoi que risque de devenir la campagne électorale (si ce n’est pas déjà le cas) et ne pas remettre en doute mon choix
  • revoir des amis là-bas
  • visiter et découvrir une région que je ne connais pas (bon ok, elle n’a pas l’air très séduisante… mais j’ai dit que je ne listais ici que des points positifs)
  • retourner à San Francisco que je connais déjà et aime beaucoup
  • ajouter quelques lignes sur mon CV
  • avoir plein de chose à raconter sur ce blog

Samedi 24 mars 2007

Bagages

Je vais enchainer les déplacements professionnels les semaines qui viennent, et au sujet du prochain, voici ce qu’un collègue qui est là bas me répond :

> Is there anything else I should know ?

It is generally rainy and chilly this time of year (actually most
of the year). Hence it’s reputation for high caffeine drinks, grunge music
and a high suicide rate. Anyway….pack accordingly.

Sait-il que je suis déjà assez peu enthousiaste d’aller passer près de deux semaines là-bas ?

J’en conclus qu’il faut que je remplisse mon disque dur de DivX & co, et ma valise de bouquins…
En prévision, j’ai récupéré plusieurs séries que je n’ai pas encore vues et dont on m’a dit du bien (Heroes, Prison Break, etc.), et je suis passé faire un tour à la Fnac. J’aime bien le nouvel aménagement, bien qu’encore en travaux, de la Fnac de la rue de Rennes.

J’y ai longtemps hésité, prenant des livres, les reposant, retournant les prendre, lisant des pages au hasard. J’ai toujours du mal à choisir des livres, peur de me tromper, de me laisser séduire uniquement par le titre, la couverture et la consonance du nom de l’auteur. Mais tout autant que l’histoire et le style d’écriture, c’est important pour moi, l’apparence du livre: la couleur et la texture du papier, la fonte de caractères…
En temps normal cela ne me dérange pas de me tromper dans mes choix, j’aime les découvertes, être déçu ou enthousiaste, affiner mes goûts. Mais là, parce que ces livres me seront indispensables, je ne veux pas être déçu, je ne veux pas me charger de livres dont je ne dépasserai pas les premiers chapitres. Alors qu’une libraire m’indiquait où était un livre que je cherchais, j’avais presque envie de lui demander: “Et puis, vous n’auriez pas un très beau roman, une grande et belle histoire, qui me tiendra en haleine tout au long de ma lecture, qui saura m’émouvoir sans être larmoyante, qui m’aidera à m’endormir et à alimenter mes rêves ? Vous savez, un de ces livres dont on fait ensuite son livre de chevet ?”

Alors j’ai pris des valeurs sûres, rien de très original et dont je ne connaisse déjà l’auteur. Et puis si ça se trouve, je vais prendre avec moi d’autres livres, qui sont déjà sur mes étagères, la tranche légèrement ridée et les pages écornées.

Vendredi 23 mars 2007

Sagesse ?

Au bout de trois fois ça ne peut plus être une simple coïncidence : un chagrin d’amour, une déception sentimentale, et environ une semaine après, une poussée de croissance de mes dents de sagesse…

Jeudi 22 mars 2007

Ensemble, c’est tout

Ensemble, c’est tout - affiche du film

Mon appréciation: 5/10

Camille (Audrey Tautou) travaille le soir chez Touclean, société de nettoyage de bureaux, et vit dans une chambre sous les toits. Un soir, devant le digicode, elle rencontre Philibert Marquet de la Durbellière (Laurent Stocker) qui habite le temps de la liquidation de la succession l’immense appartement poussiéreux de sa grand-mère, décédée. Philibert est un aristocrate bègue, timide, maladroit, qui se nourrit de Vache qui rit et vend des cartes postales à la sortie des musées. Il vit en collocation avec Franck (Guillaume Canet), cuisinier viril la semaine, petit-fils tendre et attentionné le lundi quand il va voir à la campagne sa grand-mère, Paulette (Françoise Bertin).

Camille invite Philibert à pique-niquer dans sa chambre sous les toits, Philibert vient avec sa malle à pique-nique et la vaisselle aux armoiries de sa famille. Il la fait tomber en rentrant chez lui, casse toute sa vaisselle et fond en larme, ce qui dérange Franck qui vient d’amener dans sa chambre sa conquête féminine de la soirée.

Camille a la grippe et a froid dans sa chambre de bonne, alors Philibert, tout comme il avait accueilli Franck, l’installe dans son grand appartement.
Évidemment, Franck et Camille ne se s’entendent pas. Évidemment, Franck et Camille vont tomber amoureux. Évidemment, Philibert va devenir heureux. Évidemment, la grande mère va se casser le col du fémur. Évidemment, …

Je n’ai pas lu le livre d’Anna Gavalda dont est tiré ce film de Claude Berri, et c’est peut être mieux car je n’en aurai été probablement que plus déçu. Tout est trop caricatural: Philibert l’aristocrate avec ses pantalons rouges à carreaux et ses gros nœud-papillons ; Camille trop gentille, trop maigre, qui a trop froid, qui dessine trop bien ; Franck trop viril, trop associal ; sa grand-mère, Paulette, trop attachante, avec trop de chats, d’oiseaux et de fleurs dans son jardin. Trop de bons sentiments. Chaque réplique, chaque action, chaque situation est prévisible, tellement évidente.

C’est certes une belle histoire - l’amour c’est compliqué mais on finit toujours par être heureux -, légèrement distrayante, un peu mièvre et ennuyante, mais c’est tout.

Après tout, cela en était le titre… Ensemble, c’est tout.

Il y avait surement de quoi en faire un beau film, c’est dommage. Heureusement que les acteurs sauvent un peu la situation: Guillaume Canet presque à contre-emploi, Laurent Stocker (de la Comédie Française) très très bon, Françoise Bertin, parfaite en grand-mère, Audrey Tautou, comme d’habitude…

Je m’attendais à beaucoup mieux, j’ai été déçu.

Jeudi 22 mars 2007

“Tes vacances…”

From: chef
To: vincent

Il nous faut aborder le problème de tes congés, qui sont un vrai problème à présent.
Je voudrais te proposer un arrangement pour [que tu annules tes vacances de mai et puis aussi celles de fin juin-début juillet, et que tu n'en prennes pas en juillet ni en août, et que tu ne prennes pas non plus de RTT pendant toute cette période].