American Life (2)
La première semaine ici est déjà terminée, je n’ai pas vu le temps passer. Mon lit est comme tous les soirs recouvert d’oreillers, ma chambre baignée dans le piano de Brad Mehldau et la guitare électrique de Pat Metheny. Sur ma table de chevet des livres que je n’ai presque pas ouverts, sur le bureau mon MacBook Pro et une pile de journaux Usa Today que je n’ai pas dépliés, quelques pantalons et chemises jetés sur le dos du fauteuil.
Comme tous les soirs, j’ai éteint la climatisation de la chambre ; ce soir je n’ai pas programmé mon réveil pour le lendemain matin. Je craignais d’être seul ici, mais ce n’est que la première soirée que j’ai passée seul. Du vin blanc de la région - d’heureuses découvertes que les vins de l’état de Washington: autant les vins Californiens m’avaient beaucoup déçus l’année dernière, autant ceux d’ici sont très agréables et de qualité -, une salade Caesar, du saumon pêché dans la mer toute proche, quelques asperges vertes et autres légumes, des serveurs attentifs et sympathiques, un livre pour compagnon : un dîner tout seul au restaurant, mais un dîner très agréable.
Il est en fait très simple de vivre confortablement ici, pour peu que l’on ait une carte de crédit dans la poche. L’hôtel est à quelques centaines de mètres à pied du bureau. Entre les deux un mélange de Disneyland et de centre commercial. Des trottoirs fleuris et toujours immaculés, des bancs partout, que des employés sèchent tous les matins de la rosée de la nuit, des jeux pour enfants, une statue en bronze de l’ancien chien d’un des gardiens, des parapluies violets en libre service à chaque carrefour, des fontaines, des voitures qui s’arrêtent aux passages piétons.
J’y ai déjà pris mes repères: le restaurant de l’hôtel pour le petit déjeuner, ma serveuse attitrée, ma table à côté de la baie vitrée ; un espresso chez Tully’s avant d’aller au bureau ; le trottoir du côté d’Abercrombie & Fitch ; le gardien qui me connaît et me donne mon badge visiteur, se plaît à essayer de prononcer mon nom ; le déjeuner chez Così, un peu le Cojean local ; plus tard un café chez Starbucks ; un verre avec mes collègues au bar de l’hôtel, un restaurant ici ou dans les environs.
Quelques appels avec la France tôt le matin ou tard le soir, des e-mails, des discussions par messagerie instantanée, mon aggrégateur RSS qui me présente les nouveautés des blogs et sites d’information tout au long de la journée, Le Monde en PDF, France Info sur Internet pendant que je prends ma douche.
Des discussions politiques, historiques, culturelles, gastronomiques, touristiques ; du soleil depuis que je suis arrivé ; de la reconnaissance et du respect de la part de collègues et partenaires qui ont 10 ans d’expérience de plus que moi, et à qui je vais dire ce qu’ils doivent faire ; un projet stratégique de plusieurs millions, dont j’ai la responsabilité technique.
Demain et dimanche, un ami qui s’est installé ici il y a quelques années va me faire visiter la région. Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu, je vais rencontrer sa femme, voir sa maison en construction. Me décharger de la cargaison de chocolat que j’ai apportée pour lui.
La semaine prochaine ne sera ici avec moi qu’un collègue américain: nous avons des discussions à continuer, il veut retourner dans ce restaurant de fruits de mer. Plein de choses à terminer chez le client, pour que le projet puisse réellement commencer.
Le temps va passer vite finalement, je n’aurai pas le temps de penser que je suis seul, que Paris me manque. Ce sera peut-être pour les prochaines fois. En échange de mes vacances que j’annule pour les prochains mois, je choisis les dates et durées de mes prochains voyages. Ce sera en Californie, à San Francisco. Il me sera probablement difficile de m’y ennuyer finalement : trop de choses que je veux y voir, revoir, faire, refaire. D’amis et connaissances.
Mais je sais que lorsque je vais rentrer à Paris vendredi prochain, puis prendre le train pour la Bretagne du samedi au lundi, je vais être encore plus certain d’une chose: que j’aime Paris plus que tout, les paysages de la campagne française qui défileront aux fenêtres du TGV, la maison de mes parents, ma chambre, le jardin.


